Le but de la vie est de retourner dans le monde spirituel à la fin de cette vie même. Pour celà il suffit simplement de penser à Dieu, Krishna au momnent de quitter votre corps. comment? voici l'explication.

KRISHNA

Satisfaire Krishna, but de tous les sacrifices

     Krishna dit:"Je suis l'unique Bénéficiaire et l'unique Objet du sacrifice, Toute oblation qu'avec foi l'homme sacrifie aux dévas* est en fait destinée à Moi seul"

Image Krsna       Dans la Bhagavad-gita telle qu'elle est Krishna qui est Dieu, La Personne Suprême, dit à ce sujet à son ami Arjuna:

Bhagavad-gita chap 9 verset 23

ye ’py anya-devata-bhakta
yajante shraddhayanvitah
te ’pi mam eva kaunteya
yajanty avidhi-purvakam

TRADUCTION
     Toute oblation qu'avec foi l'homme sacrifie aux devas* est en fait destinée à Moi seul, ô fils de Kunti, mais offerte sans la connaissance.

TENEUR ET PORTEE
     Krsna dit que ceux qui rendent un culte aux devas ne sont pas très intelligents, même si, indirectement, c'est Lui que par là ils adorent. En effet, un homme qui arroserait les feuilles et les branches d'un arbre sans en arroser les racines, ou qui nourrirait les membres de son corps au lieu de son estomac, ferait preuve d'un bien médiocre savoir ou d'une grande négligence des lois naturelles les plus élé- mentaires. Les devas sont, pour ainsi dire, différents fonctionnaires et ministres dans le gouvernement du Seigneur Suprême. Et de même qu'on doit suivre les lois établies par le chef du gouvernement, et non par les fonctionnaires et les ministres, c'est au Seigneur seul qu'il faut vouer son culte; et par là même, les "fonctionnaires" et "ministres" du Seigneur seront immédiatement satisfaits. Les fonctionnaires et ministres sont appointés par le chef du gouvernement pour le représenter, et il est illégal de les soudoyer. Ainsi se traduit l'idée qu'expriment, dans le verset, les mots avidhi-purvakam: Krsna réprouve donc la vaine adoration des devas.


Bhagavad-gita chap 9 verset 24
aham hi sarva-yajnanam
bhokta ca prabhur eva ca
na tu mam abhijananti
tattvenatas cyavanti te

TRADUCTION
     Car, Je suis l'unique Bénéficiaire et l'unique Objet du sacrifice. Or, ceux qui ignorent Ma nature véritable, absolue, retombent.

TENEUR ET PORTEE      Ce verset fait directement allusion au fait que les Ecritures védiques recommandent divers types de yajnas (sacrifices), mais que tous ont pour but véritable de satisfaire le Seigneur Suprême. Le second chapitre de la Bhagavad-gita l'affirme: le but de tous nos actes doit être la satisfaction de Yajna, ou Visnu; et c'est l'objectif que vise le varnasrama-dharma, la forme achevée de l'organisation sociale. Krsna, donc, affirme dans notre verset qu'étant le maître suprême, Il est le bénéficiaire légitime de tous les sacrifices. Malgré tout, des gens peu sensés, ignorant ces vérités, rendent un culte aux devas, en vue d'obtenir d'eux quelques bienfaits éphémères; mais cette voie ne les mène pas au but ultime de la vie, et ils ne réussissent, par là, qu'à sombrer dans l'existence matérielle. Même si l'on cherche à combler quelque désir matériel, mieux vaut, à cette fin, prier le Seigneur Suprême, bien qu'il ne s'agisse pas là de pure dévotion, et ainsi atteindre l'objet de nos désirs.


Bhagavad-gita chap 9 verset 25
yanti deva-vrata devan
pitrn yanti pitr-vratah
bhutani yanti bhutejya
yanti mad-yajino ’pi mam

TRADUCTION
     Ceux qui vouent leur culte aux devas renaîtront parmi les devas, parmi les spectres et autres esprits ceux qui vivent dans leur culte, parmi les ancêtres les adorateurs des ancêtres; de même, c'est auprès de Moi que vivront Mes dévots.

TENEUR ET PORTEE
     Si on désire aller sur la lune, le soleil, ou toute autre planète, on peut le faire en suivant les règles védiques proposées à cette fin. Ces règles, la section des Vedas traitant de l'action intéressée, techniquement connue sous le nom de darsa-paurnamasi, les expose en détail, recommandant pour celui qui convoite de se rendre sur une planète édénique, le culte du deva qui y règne. D'autres types de yajnas permettront d'atteindre les planètes des pitas (ancêtres), ou encore celles des esprits, pour ainsi devenir un yaksa, un raksa ou un pisaca (le culte des pisacas, aujourd'hui pratiqué sous le nom de "magie noire", est complètement matériel, bien que considéré comme spirituel par ses nombreux adeptes). Mais adorer Dieu, la Personne Suprême, et Lui seul, comme le fait le pur bhakta, conduit aux planètes Vaikunthas ou à Krsnaloka, et ce, sans le moindre doute. En effet, comme le montre cet important verset, pourquoi le pur dévot du Seigneur n'atteindrait-il pas la planète de Visnu, ou celle de Krsna, quand l'adorateur des devas, des pitas ou des esprits obtient de gagner leurs planètes respectives? Par malheur, un grand nombre d'hommes ignorent tout des planètes sublimes où vivent Krsna et Visnu, ce qui les contraint à tomber de leur position. Les impersonnalistes eux-mêmes sont forcés, un jour ou l'autre, de choir du brahmajyoti. Pour dépasser cette insuffisance, le Mouvement pour la Conscience de Krsna répand partout dans le monde, à l'humanité tout entière, cet enseignement sublime: que le simple chant, ou la simple récitation du mantra Hare Krsna peut mener l'homme à la perfection en cette vie même, et le reconduire "au foyer", en sa demeure première, dans le royaume de Dieu.


Bhagavad-gita chapitre 9, verset 26
patram puspam phalam toyam
yo me bhaktya prayacchati
tad aham bhakty-upahrtam
asnami prayatatmanah

TRADUCTION
     Que l'on M'offre, avec amour et dévotion, une feuille, une fleur, un fruit, de l'eau, et cette offrande, Je l'accepterai.

TENEUR ET PORTEE
     Après avoir montré qu'il est le Seigneur originel, le bénéficiaire suprême et le véritable objet de tous les sacrifices, Krsna révèle quelles offrandes Il désire Se voir présenter en oblation. Si, en effet, nous désirons nous dévouer au Seigneur, par le service de dévotion, et ainsi nous purifier pour atteindre le but de l'existence, qui est justement le service d'amour absolu du Seigneur, la première chose est naturellement de savoir ce qu'il attend de nous. Celui qui aime Krsna Lui offrira tout ce qu'il désire, et non, bien sûr, ce qui Lui déplait ou ce qu'Il n'a pas demandé. Aussi ne doit-on pas Lui offrir de viande, de poisson ou d'œufs, qu'Il n'accepterait d'ailleurs pas. En effet, le Seigneur indique clairement, dans ce verset, les offrandes qu'Il désire qu'on Lui fasse, et qu'Il acceptera, comme Lui-même le confirme: une feuille, un fruit, une fleur, de l'eau. S'Il avait voulu viande, poisson ou œufs, Il n'aurait pas manqué de le mentionner! Aussi devons-nous comprendre qu'Il n'accepterait pas de telles offrandes. Légumes, céréales, fruits, lait et eau composent une nourriture appropriée à l'être humain, et que recommande Krsna Lui-même. Aucun autre aliment ne doit donc Lui être offert, puisqu' Il le refuserait. Si l'on ne respecte pas Son désir, comment parler d'amour et de dévotion pour Dieu? Sri Krsna expliquait, au verset treize du troisième chapitre, que seuls les reliefs d'aliments offerts en sacrifice sont purs, et propres à nourrir ceux qui cherchent à progresser vers le but de l'existence, pour finalement s'affranchir de l'engluement matériel. De ceux qui n'offrent pas leur nourriture en sacrifice, ajoutait-Il dans ce même verset, on dit qu'ils ne mangent que du péché. En d'autres mots, chaque bouchée qu'ils avalent les enfonce plus profondément dans les intrications de la nature matérielle. Par contre, préparer des plats végétariens simples et savoureux, les offrir devant l'image de Krsna ou devant la murti, Sa Forme dans le temple, en se prosternant et en Le priant d'accepter notre humble offrande, voilà qui nous permet de progresser d'un pas sûr dans la vie, de purifier notre corps, de produire des tissus cérébraux plus fins, et donc de clarifier nos pensées. Mais par-dessus tout, l'offrande doit être faite dans un sentiment d'amour. Car, Krsna n'a nul besoin de nourriture, Lui qui possède déjà tout ce qui est, mais Il accepte l'offrande de celui qui désire Lui plaire de cette façon. Le facteur dominant, dans la préparation, dans la présentation comme dans l'offrande de tels mets, l'ingrédient principal, est donc l'amour pour Krsna. Le philosophe impersonnaliste, désireux de maintenir que l'Absolu n'est pas une personne, qu'Il est donc dépourvu d'organes sensoriels, ne peut comprendre ce verset de la, Bhagavad-gita. Pour lui, il s'agit soit d'une métaphore, soit d'une preuve de la matérialité de Krsna, qui énonce la Bhagavad-gita. Or, Krsna, Dieu, le Seigneur Suprême, possède des sens, spirituels; et il est dit de Ses Sens que chacun peut remplir les fonctions de tous les autres. C'est ce qu'implique le qualificatif d'absolu attribué à Krsna; s'il Lui manquait les sens, comment pourrait-on Le dire maître de toutes les perfections? Dans le septième chapitre, Krsna expliquait comment Il féconde la nature matérielle en y semant les êtres; or, cela s'accomplit sous l'action de Son seul regard. Et ici, nous pouvons comprendre que par le simple fait d'entendre les mots d'amour prononcés par Son dévot lorsqu'il Lui présente son offrande, Il peut véritablement manger, goûter les aliments qu'on place devant Lui. Il y a là un point très important, à bien souligner: parce que Krsna est absolu, que Son Sens de l'ouïe peut remplir les fonctions de Son Sens du goût, le fait d'entendre, pour Lui, ne se distingue en rien du fait de manger ou de goûter. Mais seul le bhakta, qui, sans vaine interprétation, accepte Krsna tel qu'Il Se décrit Lui-même, peut comprendre que la Vérité Absolue puisse prendre de la nourriture et S'en délecter.


VERSET 27 -Bhagavad-gita chap 9 verset 27
yat karosi yad asnasi
yaj juhosi dadasi yat
yat tapasyasi kaunteya
tat kurusva mad-arpanam

TRADUCTION
     Quoi que tu fasses, que tu manges, que tu sacrifies et prodigues, quelque austérité que tu pratiques, que ce soit pour Me l'offrir, ô fils de Kunti.

TENEUR ET PORTEE
     Il va du devoir de chacun d'organiser sa vie de façon à ne jamais oublier Krsna, quelles que soient les circonstances. Tout homme doit travailler s'il veut maintenir l'âme unie au corps, et Krsna recommande ici de le faire en pleine conscience de Lui, et de Lui offrir les fruits de son travail. Tout homme doit aussi manger pour vivre; qu'il n'accepte alors pour nourriture que les reliefs de celle offerte à Krsna. Tout homme civilisé a encore le devoir d'accomplir des rites religieux; qu'il les transforme donc en arcana, c'est à dire qu'il les destine à Krsna, comme Lui-même le recommande ici. Tout homme a également une tendance naturelle à faire la charité; qu'on offre alors ses biens à Krsna, selon Son propre conseil, en utilisant tout surplus de richesse à la propagation du Mouvement pour la Conscience de Krsna. Et puisque les gens, aujourd'hui, se montrent attirés par la méditation, qu'ils abandonnent la méthode silencieuse, impraticable de nos jours, et qu'ils adoptent la méditation sur Krsna, par la récitation continue, vingt-quatre heures par jour, du mantra Hare Krsna sur un japa-mala (chapelet de 108 grains). Car, de celui qui pratique cette forme de méditation, le Seigneur affirme, dans le sixième chapitre, qu'il est le plus grand des yogis.


Bhagavad-gita chap 9 verset 28
subhasubha-phalair evam
moksyase karma-bandhanaih
sannyasa-yoga-yuktatma
vimukto mam upaisyasi

TRADUCTION
     Ainsi, tu t'affranchiras des suites des tes actes, tous, vertueux ou coupables; par ce principe de renoncement, tu seras libéré et viendras à Moi.

TENEUR ET PORTEE
     Le terme yukta désigne l'être qui agit dans la conscience de Krsna sous une direction supérieure. De façon plus technique, on emploie l'expression yukta-vairagya, qu'explique en détail Rupa Gosvami. Aussi longtemps que nous vivons dans l'univers matériel, dit-il, il nous faut agir, inévitablement. Cependant, lorsque l'action est accomplie pour Krsna, et qu'on Lui en offre les fruits, elle devient yuktavairagya. Accomplie sous le signe du renoncement, elle clarifie le miroir du mental, et son auteur, en progressant sur la voie de la réalisation spirituelle, finit par s'abandonner tout entier à Dieu, la Personne Suprême, atteignant par là, tel qu'également spécifié dans ce verset, la libération. Cette libération ne l'amène pas simplement à s'identifier au brahmajyoti, mais, ce verset le souligne, elle le conduit auprès du Seigneur Suprême, sur Sa planète. Il y a cinq degrés de libération, et ce verset pré cise que le bhakta qui suit, tout au long de son existence ici-bas, les directives du Seigneur Suprême, s'élève jusqu'à pouvoir, après avoir quitté son corps, retourner auprès de Lui, pour vivre en Sa compagnie. Celui qui n'a d'autre désir que de dédier sa vie au service du Seigneur est le vrai sannyasi. Il se considère toujours comme un serviteur éternel du Seigneur, en tout dépendant de Sa volonté suprême.
     Ses moindres actes sont accomplis en vue de plaire au Seigneur, sont un service qu'il Lui offre. Il ne prête que peu d'attention aux actes intéressés ou aux devoirs prescrits, tels que les recommandent les Vedas, et sur lesquels un homme du commun est contraint de régler sa vie. Pourtant, même si le pur bhakta, pleinement absorbé dans le service du Seigneur, semble parfois agir à l'encontre des devoirs prescrits dans les Ecritures, il n'en est en fait rien. Les autorités vaisnavas disent, à ce propos, que même le plus intelligent ne peut comprendre les desseins et les actes du pur bhakta. Constamment engagé dans le service du Seigneur, toujours absorbé par la recherche de nouveaux moyens de Lui plaire, il doit être vu comme parfaitement libéré, dans le présent et dans l'avenir. Son retour à Dieu est assuré. Il se situe, comme Krsna, au-delà de toute critique d'ordre matérialiste.


Bhagavad-gita chap 9 verset 29
samo ’ham sarva-bhutesu
na me dvesyo ’sti na priyah
ye bhajanti tu mam bhaktya
mayi te tesu capy aham

TRADUCTION
     Je n'envie, Je ne favorise personne, envers tous Je suis impartial. Mais quiconque Me sert avec dévotion vit en Moi; il est un ami pour Moi, comme Je suis son ami.

TENEUR ET PORTEE
     On peut ici se demander pourquoi Krsna, s'Il est l'ami de tous, impartial envers tous, montre un intérêt spécial à Ses dévots, qui sont toujours absorbés dans Son service. Mais il ne s'agit pas là de partialité, ou de parti pris: Son attitude est parfaitement naturelle. Dans l'univers matériel également, un homme, fût-il très charitable, accordera toujours une attention particulière à ses propres enfants. Ainsi, le Seigneur, qui reconnaît tous les êtres comme Ses fils, quelle que soit leur forme, subvient généreusement aux besoins de tous, comme le nuage qui déverse sa pluie aussi bien sur le roc stérile que sur la terre, ou même sur l'eau; mais Il accorde néanmoins un soin particulier à Ses dévots. Les bhaktas, dit ce verset, sont ceux qui, toujours absorbés dans la conscience de Krsna, vivent éternellement en le Seigneur, au niveau absolu, au delà de la matière. L'expression même de "conscience de Krsna" indique que les possesseurs d'une telle conscience sont de purs spiritualistes, vivant dans le Seigneur: mayi te, dit-Il sans ambiguïté, "en Moi". Ils sont en Lui, et le Seigneur, réciproquement, est en eux. Cela éclaire également le sens des mots: "Je les récompense en fonction de leur abandon à Moi." Et cette réciprocité spirituelle vient de ce que le Seigneur et Son dévot possèdent tous deux la conscience.
     Serti dans un anneau d'or, un diamant prend une apparence merveilleuse. L'éclat de l'or et celui du diamant s'exaltent l'un l'autre. De même, le Seigneur et l'être distinct possèdent, chacun, un éclat éternel: le Seigneur est un diamant, l'être enclin à Le servir, pareil à de l'or; et leur union est admirable. Dans leur état pur, les êtres distincts sont appelés "dévots du Seigneur", et de tels bhaktas, le Seigneur Se fait Lui-même le dévot. Sans cette réciprocité entre le Seigneur et Son dévot, il n'est pas question de personnalisme. Cette relation, cet échange entre le Seigneur et l'être distinct, manque dans la philosophie impersonnaliste, mais non dans la personnaliste.
     On compare souvent le Seigneur à un arbre-à-souhaits, qui comble tous les désirs qu'on formule envers Lui. Mais le verset nous éclaire un peu plus: Krsna Se penche spécialement vers Ses dévots, et cette attention spéciale manifeste la miséricorde toute particulière qu'Il leur accorde. Il ne faudrait pas penser, toutefois, que le Seigneur répond ainsi aux sentiments de Ses dévots sous l'effet de la loi du karma. Leurs échanges relèvent du niveau spirituel et absolu, où ils vivent. Le service de dévotion offert au Seigneur n'a rien d'une activité matérielle, il appartient au monde spirituel, où règnent éternité, connaissance et félicité.


Bhagavad-gita chap 9 verset 30
api cet su-duracaro
bhajate mam ananya-bhak
sadhur eva sa mantavyah
samyag vyavasito hi sah

TRADUCTION
     Commettrait-il les pires actes, il faut voir quiconque est engagé dans le service de dévotion comme un saint homme, car il est sur la voie parfaite.

TENEUR ET PORTEE
     Le terme suduracaro est ici d'une grande, importance: tâchons de le bien comprendre. Deux lignes d'action distinctes s'offrent à l'être conditionné: l'une qui correspond à son état conditionné, l'autre à son état originel. La première comprend les actes en rapport avec l'existence matérielle, et qu'on qualifie de "conditionnés": préserver son corps, suivre les lois de la société, de l'Etat, etc., actes que même les bhaktas accomplis exécutent. Mais, ceux ci, pleinement conscients de leur nature spirituelle, ont de plus, avec le service dévotionnel qu'ils offrent au Seigneur, dans la conscience de Krsna, des activités purement spirituelles et absolues, en accord avec leur fonction originelle, naturelle et éternelle, activités techniquement connues sous le nom même de "service de dévotion".
     Dans l'état conditionné, le service de Dieu et le service du corps, le service dévotionnel et le service "conditionné", parfois suivent des voies parallèles, et parfois s'opposent. Aussi, dans la mesure du pos sible, le bhakta prend-il bien garde de ne rien faire qui puisse rompre l'équilibre de sa saine condition; il sait que la perfection de ses actes dépend de sa réalisation progressive de la conscience de Krsna. Il arrive parfois qu'un bhakta accomplisse tel ou tel acte qui, dans un cadre social ou politique donné, puisse sembler fort répréhensible, mais cette "chute", temporaire, ne le disqualifie nullement. Le Srimad-Bhigavatam dit en effet, à ce propos, que si un homme dont tout l'être est absorbé par le service absolu du Seigneur Suprême s'oublie et commet une faute, le Seigneur, en son coeur, le relève, "l'embellit", et lui pardonne son erreur, si grande soit-elle. La puissance de contamination de la matière est si grande que même un yogi totalement absorbé dans le service du Seigneur peut parfois être ensorcelé par elle; mais la conscience de Krsna, de son côté, possède un pouvoir tellement supérieur qu'elle le remet aussitôt de sa chute. La voie du service de dévotion ouvre donc toujours sur la réussite. Et, nul ne devrait condamner un bhakta pour avoir accidentellement dévié du sentier idéal car, comme l'explique le prochain verset, il ne connaîtra plus ces écarts dès qu'il sera complètement établi dans la conscience de Krsna.
     Il faut donc garder à l'esprit qu'un être établi dans la conscience de Krsna, récitant avec détermination le mantra:
hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rima rama hare hare
se situe toujours au niveau absolu, même en cas de rechute fortuite ou accidentelle.      Les mots sadhur eva, "il est un saint homme", sont empreints d'une solennité particulière; ils préviennent les abhaktas de ne pas railler un dévot du Seigneur pour une défaillance occasionnelle, mais bien de toujours le voir comme saint, ce qu'appuie encore davantage le mot mantavyah. Celui qui n'observe pas cette règle et manque de respect à l'égard du bhakta pour avoir trébuché par accident, va contre l'ordre du Seigneur Suprême. L'unique qualification requise du bhakta est d'être inflexiblement et exclusivement engagé dans le service de dévotion.
     Les taches que l'on peut remarquer sur la lune ne ternissent en rien son éclat. De même chez le bhakta: un écart accidentel de la voie de sainteté ne peut le rendre abominable. Il ne faudrait pas, cependant, tomber dans l'excès contraire, et conclure qu'un dévot du Seigneur peut, dans le cadre du service dévotionnel absolu, commettre toutes sortes d'actes répréhensibles; notre verset ne parle que d'erreurs accidentelles, dues à la force terrible des influences matérielles. Servir Krsna avec dévotion, c'est en quelque sorte déclarer la guerre à l'énergie illusoire, et tant qu'il n'est pas assez fort pour repousser les assauts de maya, le bhakta risque de connaître des chutes accidentelles. Mais, comme nous l'avons déjà dit, tout danger sera écarté dès qu'il aura acquis la résistance nécessaire. Nul ne doit donc s'appuyer sur ce verset pour se livrer à des actes infâmes en se considérant toujours comme un dévot du Seigneur. Ne pas s'améliorer dans son comportement malgré la pratique du service de dévotion témoigne d'un défaut de conscience spirituelle.


Bhagavad-gita chap 9 verset 34
man-mana bhava mad-bhakto
mad-yaji mam namaskuru
mam evaishyasi yuktvaivam
atmanam mat-parayanah


TRADUCTION
     Emplis toujours de Moi ton mental, deviens Mon dévot, offre-Moi, ton hommage et voue-Moi ton adoration. Parfaitement absorbé en Moi, certes tu viendras à Moi.

TENEUR ET PORTEE
     Ce verset donne clairement la conscience de Krsna pour le seul moyen d'échapper aux griffes de la nature matérielle, source de contamination. Il précise, en outre, que toute dévotion, tout service, doivent être offerts à Krsna, Dieu, la Personne Suprême. Mais des commentateurs sans scrupules en trahissent malheureusement le sens, pourtant si évident, et mènent ainsi leurs lecteurs à des conclu sions inadmissibles. Ils ignorent qu'aucune différence n'existe entre Krsna et Son Mental. Krsna n'a rien d'un homme ordinaire: Il est la Vérité Absolue. Son Corps, Son Mental et Lui-même sont Un et absolus. Cette vérité se trouve confirmée par le verset suivant du Kurma Purana, que cite Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami dans son Anubhasya, ses enseignements sur le Caitanya-caritamrta, en rapport avec les versets quarante et un à quarante-huit du cinquième chapitre de la section Adi-lila, à l'effet qu'en Krsna, le Seigneur Suprême, aucune distinction n'existe entre Son Corps et Luimême. Cependant, nos commentateurs d'occasion, parce qu'ils ignorent la science de Krsna, Le voilent en séparant Sa Personne de Son Mental et de Son Corps. Ils nagent dans l'ignorance la plus complète, mais ils ne tirent pas moins un profit sans scrupules de l'erreur où ils plongent leurs lecteurs. Certains êtres démoniaques pensent aussi à Krsna, mais dans l'envie; ainsi du roi Krsna, l'oncle de Krsna, qui pensait constamment à Lui, mais en tant que son ennemi. Il était rongé par l'angoisse, méditant sans répit sur le moment que choisirait Krsna pour venir le tuer. Mais cette sorte d'absorption en le Seigneur ne peut être d'aucune aide: c'est avec amour et dévotion qu'il faut penser à Krsna; telle est la bhakti. Il faut donc sans cesse approfondir notre connaissance du Seigneur, laquelle, pour engendrer un sentiment favorable à Son égard, doit être acquise auprès d'un maître qualifié. Krsna, nous l'avons maintes fois expliqué, est Dieu, la Personne Suprême: Son Corps est éternel, tout de connaissance et de félicité, entièrement spirituel, en rien matériel. Et c'est en discutant ainsi, favorablement, de Sa Personne qu'on pourra devenir un bhakta. Autrement, nos efforts pour Le connaître par l'approche de mauvaises sources s'avéreront infructueux.
     Il faut donc concentrer son mental sur la Forme originelle et éternelle de Krsna, et, gardant en son coeur la conviction absolue qu'Il est le Suprême, L'adorer. Il existe, en Inde, des milliers de temples consacrés à l'adoration de Krsna, et où l'on pratique le service de dévotion. Cette adoration implique qu'on rende son hommage au Seigneur, qu'on incline la tête devant la murti, et qu'on engage tout son être le corps, le mental, les actes... dans Son service. Ces pratiques permettent à l'homme de se fixer sans défaillance sur Krsna et, finalement, de gagner Sa demeure, Krsnaloka. Il faut s'engager dans le service de dévotion sous ses neuf formes, en commençant par écouter et chanter les gloires de Krsna, sans jamais se laisser égarer par des commentateurs sans scrupules. Car, le service de dévotion pur est le sommet de tous les achèvements de l'homme. C'est lui qu'ont décrit les septième et huitième chapitres, en le distinguant du yoga de la connaissance, du yoga des pouvoirs et de l'action intéressée. Ceux qui ne sont pas encore parfaitement purifiés, ou sanctifiés, peuvent être attirés par des aspects partiels du Seigneur, comme le brahmajyoti, le Brahman impersonnel, ou le Paramatma, mais le pur bhakta, lui, s'engage directement dans le service du Seigneur Suprême.
     Un très beau poème dédié à Krsna énonce clairement que ceux qui vouent leur culte aux devas font preuve de la plus basse intelligence, sans compter qu'ils ne gagneront jamais ainsi la faveur suprême, Krsna. Le bhakta, même si, par moments, au stade de néophyte, il s'écarte de la norme spirituelle, doit être reconnu comme supérieur à tout autre philosophe ou yogi; car, il faut comprendre que celui qui s'absorbe pleinement dans la conscience de Krsna est l'homme saint par excellence. Peu à peu, ses écarts accidentels de la voie dévotionnelle s'amoindrissent, et il atteint bientôt, sans que le moindre doute soit possible, l'entière perfection. Alors, il ne court plus aucun risque de chute, ou d'écart, puisque le Seigneur en personne prend soin de Son pur dévot. Donc, tout homme d'intelligence devrait directement adopter la conscience de Krsna, pour ainsi vivre heureux ici-bas, et finalement obtenir la récompense suprême, Krsna.


VERSET 55 -Bhagavad-gita chap 11, verset 55:
mat-karma-krn mat-paramo
mad-bhaktah sanga-varjitah
nirvairah sarva-bhutesu
yah sa mam eti pandava


TRADUCTION
     Celui qui, affranchi de la spéculation intellectuelle et de la souillure de ses actes passés, bienveillant à l'égard de tous les êtres, s'absorbe dans le service de dévotion pur, celui-là, ô cher Arjuna, certes vient à Moi.
TENEUR ET PORTEE
     Quiconque désire approcher Dieu dans Sa Forme suprême de Krsna, sur Krsnaloka, dans le monde spirituel, et aspire à se lier intimement à Lui, doit, pour ce faire, emprunter la voie que Lui-même indique dans ce verset. Aussi considère-t-on que ce verset constitue l'essence de la Bhagavad-gita. La Bhagavad-gita est un ouvrage destiné aux âmes conditionnées qui cherchent à dominer la nature matérielle et ignorent tout de la vraie vie, de la vie spirituelle. Cet ouvrage a pour but de leur montrer comment saisir leur nature spirituelle et retrouver leur relation éternelle avec l'Etre spirituel suprême, comment retourner à leur demeure originelle, au royaume de Dieu. Et notre verset donne sans équivoque la voie du succès dans les activités spirituelles: le service de dévotion. Pour ce qui est de l'action, le spiritualiste doit orienter toutes ses énergies vers des actes centrés sur Krsna, dans la conscience de Krsna. Aucun homme ne devrait accomplir la moindre tâche qui ne soit liée à Krsna; tel est le krsna-karma. Le fait d'être pris par diverses activités n'entraîne rien de défavorable à condition que l'on se détache de leurs fruits, pour les offrir au Seigneur. Un homme d'affaires, par exemple, peut métamorphoser son travail en une activité consciente de Krsna, simplement s'il accomplit pour Krsna sa tâche d'homme d'affaires. Puisque Krsna est le vrai propriétaire de l'entreprise de notre homme d'affaires, c'est Krsna qui doit bénéficier de ses fruits. Et si cet homme possède une immense fortune, il doit l'offrir tout entière à Krsna. C'est là ce qu'on appelle travailler pour Krsna, il peut, au lieu de faire bâtir des quartiers résidentiels, financer la construction d'un beau temple pour Krsna, y installer la Forme arca de Krsna, et, selon les instructions des Ecrits autorisés, Lui assurer un opulent service dévotionnel. C'est ce qu'on appelle le krsna-karma, ou domaine des actes accomplis sans attachement pour leurs résultats, lesquels sont offerts à Krsna. Celui qui n'a pas les moyens de faire construire le temple de Krsna peut toujours nettoyer ce temple; c'est également là un acte qui ressort du krsna-karma. Ou encore cultiver un jardin. Quiconque possède de la terre (en Inde, et parfois ailleurs, même les pauvres possèdent au moins un lopin de terre) peut cultiver des fleurs et les offrir au Seigneur. Ou encore planter des arbustes de tulasi leurs feuilles occupent une place importante dans l'adoration de Sri Krsna. Lui-même recommande, dans la Bhagavad-gita, qu'on Lui offre une feuille, une fleur ou un peu d'eau; ces modestes présents suffisent pour Le satisfaire. Lorsque Krsna parle de feuille, Il faut entendre tout particulièrement une feuille de tulasi. On peut donc planter l'arbuste de tulasi et l'arroser. Ainsi, même le plus pauvre peut s'engager dans le service de Krsna. Il est aussi recommandé d'accepter comme nourriture le prasada, les reliefs des aliments offerts en sacrifice au Seigneur. Tels sont quelques exemples illustrant la manière dont chaque homme peut offrir son travail à Krsna.
     Les mots mat-paramah désignent celui qui considère que la compagnie de Krsna, en Sa demeure suprême, constitue la perfection la plus haute. Un tel être n'éprouve aucun attrait pour les planètes supérieures telles que la lune, le soleil, les autres planètes édéniques, et pas même pour Brahmaloka, la plus évoluée de toutes en cet univers. Son seul désir est d'être promu au monde spirituel. Et même là, il ne lui suffirait pas de s'immerger dans l'éclatant brahmajyoti; il veut accéder à la planète spirituelle la plus haute: Krsnaloka, Goloka Vrndavana. Parce qu'il possède de cette planète une connaissance parfaite, il n'éprouve pour les autres aucun attrait. Et comme l'indiquent les mots mad-bhaktah, il s'absorbe tout entier dans le service de dévotion, qui compte neuf activités spirituelles: écouter ce qui a trait au Seigneur, Le glorifier, se rappeler de Lui, servir Ses pieds pareils-au-lotus, L'adorer, Lui offrir des prières, se rendre aux désirs du Seigneur, se lier d'amitié avec Lui et tout Lui abandonner. On peut mettre en pratique l'ensemble de ces neuf activités dévotionnelles, ou huit, ou sept d'entre elles, sinon au moins une, et ainsi gagner la perfection.
     Remarquons le terme sanga-varjitah. Il indique que l'on doit abandonner la compagnie des gens hostiles à Krsna. Qui sont-ils donc? Parmi eux, il faut compter non seulement les athées, mais également les hommes enclins à l'action intéressée ou à la spéculation intellectuelle. Aussi Srila Rupa Gosvami donne-t-il, dans son Bhakti-rasamrta-sindhu, la description suivante du pur service de dévotion: pour accomplir purement le service de dévotion, il faut être lavé de toute souillure matérielle, délivré de la compagnie des gens qui se vouent à l'action intéressée ou à la spéculation intellectuelle. Quand, ainsi libre de toute compagnie indésirable comme de la souillure des désirs matériels, on cultive favorablement la connaissance de Krsna, on se situe dans ce qu'on appelle le pur service de dévotion. Il faut adopter une attitude favorable, et non défavorable, lorsqu'on pense à Krsna et qu'on agit pour Lui. Kamsa, par exemple, était l'ennemi de Krsna, et dès l'avènement de Celui-ci, imagina toutes sortes de moyens de Le tuer. Or, parce qu'à chaque fois il échouait dans sa tentative, il ne pouvait cesser de penser à Lui. Ainsi, qu'il travaille, mange ou dorme, Kamsa gardait toujours Krsna dans sa conscience, mais cette conscience de Krsna n'était pas de caractère favorable; aussi, bien qu'il fut constamment absorbé dans la pensée de Krsna, Kamsa restait toujours un être démoniaque, que le Seigneur, pour finir, tua. Certes, quiconque est tué par le Seigneur atteint aussitôt la libération, mais cette libération n'est pas le but du pur bhakta. Il ne la désire aucunement, pas plus qu'il ne désire être promu à la planète la plus élevée, Goloka Vrndavana. Où qu'il se trouve, il n'a qu'un seul désir: servir Krsna. Il est dit qu'un dévot de Krsna n'a pas d'ennemi, qu'il est l'ami de tous. En effet, il sait que seul le service de dévotion offert au Seigneur peut soulager l'homme de tous les problèmes de l'existence: il le sait par expérience personnelle, et veut donc introduire ce service de dévotion, cette conscience de Krsna, dans l'ensemble de la société humaine. Au fil de l'histoire, de nombreux dévots du Seigneur risquèrent leur vie pour répandre la conscience de Dieu. L'exemple le plus connu est celui de JésusChrist. Crucifié par les abhaktas, il sacrifia sa vie pour la cause de cette conscience de Dieu. Toutefois, il serait superficiel de croire qu'il ait jamais été tué. En Inde également, nombreux sont les exemples semblables, tel celui de Haridasa Thakura. Et si tous prirent de si grands risques, c'est qu'ils désiraient répandre la conscience de Krsna et que cette tâche est difficile. Le bhakta sait que la souffrance de l'homme trouve son origine dans l'oubli de la relation éternelle qui l'unit à Krsna. Aussi, le plus grand bienfait que l'on puisse rendre à l'humanité est de soulager autrui de tous les problèmes matériels. C'est ce que font les purs bhaktas, en s'engageant au service du Seigneur. Nous pouvons à présent imaginer combien miséricordieux est Krsna envers eux, qui sont absorbés en Son service et risquent tout pour Le satisfaire. Il ne fait aucun doute que de tels bhaktas atteindront, après avoir quitté leur corps, la planète suprême.
     En bref, donc, la forme universelle, manifestation temporaire du Seigneur, la forme du temps, qui tout dévore, et même la Forme de Visnu, à quatre bras, toutes ont été révélées par Krsna. Krsna en est la source, et ne constitue donc pas une manifestation de l'originelle visva-rupa ou de l'originel Visnu. Toutes formes tirent de Krsna leur origine. Il existe des milliers de Visnus, mais pour le bhakta il n'est aucune forme de Krsna aussi importante que Sa Forme originelle; celle de Syamasundara, à deux bras. La Brahma-samhita enseigne que ceux qui, pleins d'amour et de dévotion, s'attachent à cette Forme de Krsna, Syamasundara, peuvent, en leur coeur, La contempler constamment, et ne rien voir d'autre. Ce qu'il faut comprendre de la teneur de ce onzième chapitre se résume à ceci: la Forme de Krsna est primordiale et suprême.


Bhagavad-gita chap 18, verset 66
sarva-dharman parityajya
mam ekam saranam vraja
aham tvam sarva-papebhyo
mokshayisyami ma sucah


TRADUCTION
     Laisse là toute autre forme de religion, et abandonne-toi simplement à Moi. Toutes les suites de tes fautes, Je t'en affranchirai. N'aie nulle crainte.

TENEUR ET PORTEE
     Le Seigneur a décrit diverses sortes de connaissance: la connaissance des voies de religion, la connaissance du Brahman Suprême, la connaissance de l'Ame Suprême, la connaissance des différents varnas et asramas (notamment celle du sannyasa), la connaissance du détachement, de la maîtrise du mental et des sens, de la méditation, etc. Il a exposé différents types de religion, de diverses manières. Et à présent qu'Il résume la Bhagavad-gita, Il demande à Arjuna de rejeter toutes ces voies, pour simplement s'abandonner à Lui, Sri Krsna. Par cet abandon, Arjuna se verra déchargé de toute conséquence relative à ses actes coupables, car le Seigneur promet en personne de lui accorder protection. La Bhagavad-gita enseignait précédemment que seul celui qui s'est affranchi de toutes les conséquences de ses actes coupables peut entreprendre d'adorer le Seigneur, Sri Krsna. On pourra donc croire qu'à moins d'être libre de toutes les suites de ses fautes, il demeure impossible d'emprunter la voie de l'abandon au Seigneur. Mais à de tels doutes, notre verset répond que même celui qui n'est pas encore affranchi de toutes les suites de ses péchés recevra cette grâce par le seul fait d'adopter la voie de l'abandon à Krsna. Nul besoin de fournir des efforts acharnés visant à se libérer soi-même des suites des actes coupables. Il faut sans hésitation accepter Krsna comme le sauveur de tous les êtres. Avec foi, avec amour, on doit s'abandonner à Lui.
     Selon la voie dévotionnelle, on doit seulement accepter de suivre les principes religieux qui conduisent vers le service de dévotion offert au Seigneur. L'homme peut accomplir tel ou tel devoir, prescrit selon le varna et l'asrama auxquels il appartient; mais si, en s'en acquittant, il ne devient pas conscient de Krsna, tous ses actes auront été vains. Tout ce qui ne conduit pas à la perfection de la conscience de Krsna doit être évité. Il faut avoir la foi qu'en toutes circonstances, Krsna nous protégera de toutes difficultés, quelles qu'elles soient. N'avoir nul souci de la manière dont le corps se maintient en vie: Krsna y veille. A chaque minute, se voir sans recours et considérer Krsna comme le seul fondement de son progrès dans l'existence. Car, aussitôt que l'on s'engage avec sérieux dans le service de dévotion offert au Seigneur, avec la pleine conscience de Krsna, on se trouve purifié de toute souillure provenant de la nature matérielle. Il existe différentes formes de religion et différentes voies de purification, telles que le développement de la connaissance, la méditation dans le yoga, etc., mais celui qui s'abandonne à Krsna n'a nul besoin de se plier à tant de pratiques. Ce seul abandon lui évitera de perdre son temps. Grâce à lui, d'un coup il dépassera les fruits de toutes pratiques et se trouvera libéré de toutes les conséquences de ses fautes.
     Chacun devrait être attiré par la beauté de Krsna. Le Nom même de Krsna signifie: l'infiniment fascinant. Grande est la fortune de celui qui éprouve de l'attrait pour la Forme de Krsna, belle et omnipotente. On distingue différents ordres de spiritualistes: certains sont attachés à l'aspect du Brahman impersonnel, d'autres à celui de l'Ame Suprême... ; mais celui qu'attire l'aspect personnel de Dieu, la Personne Suprême, et, par-dessus tout, celui qui est fasciné par la Personne Suprême dans Sa Forme de Krsna, est certes le plus parfait. Ainsi, le service de dévotion offert à Krsna, en pleine conscience, constitue la part la plus secrète du savoir et l'essence même de la Bhagavad-gita tout entière. Les karma-yogis, les philosophes empiriques, les yogis et les bhaktas sont tous qualifiés de spiritualistes, mais l'être à la pure dévotion pour le Seigneur, le pur bhakta, les dépasse tous. Ici, les mots ma sucah, "n'aie nulle crainte, nul souci, n'hésite pas", sont pleins de sens. On pourrait, en effet, hésiter devant la possibilité de rejeter toute autre forme de religion pour simplement s'abandonner à Krsna, mais une telle crainte serait sans fondement.


*Devas: Les Devas sont les Demi-Dieux en charge du bon fonctionnement de l'univers matériel. Ils résident sur les planètes édéniques.